Cuba

A Cuba, le tourisme est sans doute aujourd’hui la première source de devises. Un monnaie équivalente au dollar américain lui est même dédié, il s’agit du CUC convertible. Des efforts considérables sont fournis pour continuer à développer ce secteur, ce qui ne manque pas de provoquer des tensions, tout en aggravant les inégalités.

Cuba cuEn 1989, l’URSS implose, principale et presque unique partenaire économique de l’île, Cuba s’effondre. Le plan de sauvetage lancé alors passe par des mesures d’économie drastiques, notamment en matière énergétique, et de sévères privations pour l’ensemble de la population. Cette « période spéciale en temps de paix », véritable opération survie, est marquée par une accélération spectaculaire du développement du tourisme. Aujourd’hui, les visiteurs de Cuba représentent la seule source de revenus réels pour les habitants.

Face à la demande toujours croissante, les habitants ont été autorisés à ouvrir leurs portes pour proposer les services d’une maison d’hôte, on parle alors de casa particular. Ces dernières sont identifiables par des panneaux représentant une sorte d’œil bleu. Attention, celles en orange sont réservées au cubains. Pour recevoir, les cubains doivent payer une taxe mensuel de 150 CUC qu’ils aient ou non des clients (au 10 novembre 2013). Il n’est donc pas surprenant que la moyenne du prix de la chambre double s’élève à 25 CUC.

Pour ce qui est de la restauration, comptez entre 12 et 20 CUC pour un plat incluant parfois la boisson. Pensez à savourer des langoustes (entre 8 et 12 CUC selon l’endroit, parfois même 40 CUC), réservées exclusivement aux touristes, tout comme la viande de bœuf.

Le tourisme en chiffre…

1444 1445

Le canadien est ici très bien vu, il est de ceux qui ne négocient que très peu les prix car il comprend la misère de la situation. Certains chauffeurs de taxi ont même les deux drapeaux pendus à leur rétroviseur. 

Nécessité faisant loi, le tourisme est donc devenu la clé de voûte de la survie économique. Le sable blanc et les cocotiers, le soleil brûlant et l’air conditionné sont devenus les maîtres mots de l’île. Et l’urbanisation exclusivement touristique de certains îlots paradisiaques sur la côte atlantique, reliés au littoral par un terre-plein artificiel de plusieurs dizaines de kilomètres, avance bon train. Fini les espaces vides, la côte n’est pas vraiment exploitées et les villes touristiques sont devenues de grands magasins. Pour vous rendre à la plage, en dehors de Varadero, il vous faudra faire preuve de patience et d’organisation. En effet, seuls de petits villages de pêcheurs meublent les côtes cubaines, difficile d’y dormir ou de s’y restaurer pour un bon prix, le mieux est encore de camper lorsque cela est autorisé.

En bref…

Nécessité vitale, cet essor touristique a cependant des retombées négatives préoccupantes. Sur le plan architectural et urbanistique d’abord, même si dans ce domaine le pire a été évité. A la Havane comme à Varadero, les hôtels 4 ou 5 étoiles construits ces dernières années n’ont pas franchement amélioré le paysage urbain. Et si Varadero se défend de vouloir singer Cancun, on a pourtant l’impression que c’est la même clientèle qui est visée, les mêmes goûts flattés, les mêmes promoteurs aux commandes.

Les retombées sociales, immédiates et à moyen terme, sont davantage à craindre. La prostitution se développe, de plus en plus voyante aux abords des hôtels, des circuits obligés de La Habana Vieja, des allées cossues du quartier résidentiel de Miramar, et avec elle le proxénétisme. L’impact social du tourisme est profond. Travailler pour le tourisme, c’est le rêve : quelques pourboires permettent de gagner en un jour l’équivalent du salaire mensuel d’un cadre supérieur. Le salaire mensuel moyen équivaut à 12 euros quand la course de taxi de l’aéroport au centre de la Havane vous en coûte. C’est aussi l’espoir d’entrer en contact avec des sociétés étrangères présentes à Cuba.

Pour la population de l’île, cet essor spectaculaire du tourisme est vécu de façon contradictoire. Si sa nécessité ne fait guère de doute pour apporter les devises nécessaires à la simple survie, il est souvent mal accepté. Eux-mêmes n’ont plus accès aux installations touristiques, aux hôtels, aux restaurants, aux piscines, aux plages, réservés de fait sinon de droit aux détenteurs des CUC tant convoités. Mal acceptée également la priorité au tourisme en matière de construction, alors que la population de La Havane vit dans des logements exigus et un tissu urbain détérioré : la rénovation de la vieille ville, classée patrimoine historique de l’humanité, avec des édifices de l’époque coloniale, laisse les quartiers avoisinants du centre de La Havane à leur état misérable. Le développement touristique souligne les inégalités sociales et est loin d’avoir atteint ses limites. Les richesses naturelles de l’île sont tout à fait exceptionnelles et très partiellement mises en valeur.

Si demain l’embargo des Etats-Unis était enfin levé, et que Cuba ne soit plus frappée d’interdit pour les citoyens de ce pays, il n’est pas difficile d’imaginer les effets considérables que cela aurait sur le tourisme dans l’île. La première mesure serait l’installation d’un Mc Donald et d’un Starbucks, toujours absent dans ce paysage inchangé depuis 1960.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *