Bayon

De tous les temples d’Angkor, c’est le Bayon, au centre d’Angkor Thom, qui a le plus confondu les archéologues. Après de nombreuses études, la grande cité a été reconnue comme le sanctuaire officiel de la dernière ville d’Angkor Thom, reconstruite par Jayavarman VII vers la fin du 12ème siècle après son pillage par les Chams. Il pouvait sembler surprenant qu’un temple de cette taille ait été construit sans aucun mur extérieur ou fossé, jusqu’à ce que l’on perçoive qu’ils étaient en fait formés par les remparts de la ville d’Angkor Thom lui-même et par ses douves avec les portes prenant la place des gopuras.plan-bayon

Quinze cents mètres de route droite séparent la porte sud d’Angkor Thom du Bayon. Il est recommander de se diriger vers la droite pour accéder au temple par la longue terrasse, agrémentée de lions et de balustrades naga, correspondant à son entrée principale. bayon1 bayon2 bayon3 bayon4On peut voir que le motif naga ici est représentatif de la dernière période, où le capot est chevauché par un garuda. De chaque côté se trouvent les vestiges des anciens étangs. Le Bayon est plus appréciable le matin, quand le soleil est le plus favorable. Il ne faut cependant pas manquer de revenir par la lune, quand les lignes et les ombres s’adoucissent, et que la pierre et son fond verdoyant se composent d’une parfaite unité de teinte et de ton.dscn6568 bayon6 Les visages, doux et ténus, ont une expression émotive d’où rayonne une sorte de charme lyrique, doublé de profil et infiniment multiplié. On se dissout dans la sérénité de cette tranquillité bouddhiste, embryonnaire parmi les fantômes. Séparé par moins d’un siècle, le Bayon est l’antithèse d’Angkor Wat. Comme une cathédrale construite sur le site d’une église du village, sa masse centrale est entassée dans sa deuxième galerie, de 70 mètres sur 80, dans une profusion confuse de blocs empilés. Partout d’où on les voit, de la diagonale ou de face, les cinquante tours masquées s’élèvent sur différents plans pour renforcer une impression de hauteur. dscn6583 bayon8Sur la terrasse supérieure, le calme revient. Étourdi par la sérénité de ces visages de pierre, on ne pense plus à la vision du tout ou à la confusion du plan. Errant de l’un à l’autre des 200 masques – si éloignés de toute proportion normale ou convention architecturale – l’attention se dessine par leur image. Peu à peu, le chaos devient ordonné, et l’on perçoit la profusion des tours comme étant faite d’une combinaison d’éléments groupés au centre dans une sorte de faisceau. Le bâtiment n’a plus d’importance, mais seulement son symbolisme. Le Bayon n’est pas tant une œuvre architecturale que la traduction vers la réalité des croyances spirituelles d’un grand mystique – le roi bouddhiste Jayavarman VII – avec les quatre faces de chaque tour en regardant les quatre points cardinaux signifiant l’omniprésence du bodhisattva Lokesvara, la principale divinité du royaume.dscn6587 dscn6590 dscn6588

Dans la tour centrale était l’idole elle-même du royaume – le «roi de Bouddha», correspondant au linga royal ou «Devaraja» des montagnes du temple brahmanique. Assis sur les bobines d’un naga, les traits représentaient probablement le roi Jayavarman VII lui-même.