Les temples d’Angkor

Si les temples principaux d’Angkor voient défiler 4,5 millions de visiteurs par an, les temples les moins connus rendent un hommage plus authentique à la grande civilisation Khmer. Nous avons  choisi d’investir dans les services d’un guide avec voiture  et chauffeur (US$ 150 / 2jours) pour visiter les temples éloignés de Koh Ker, Kbal Spean, Beng Mealea et Bantay Samre. Il nous a si bien expliqué les différents symboles, figures, légendes et histoires des rois khmers que nous avons visité les temples principaux seuls à vélo.temple
Un peu d’histoire en quelques dates… (sources : www.khemara.org)
1er-6e SIÈCLES : Royaume du Funan (Brahmanisme)
Située près du Delta du Mékong, la province de Takeo est considérée comme le berceau de la civilisation khmère. En effet, dans les premiers siècles de notre ère, le royaume khmer de Funan prospérait dans cette région. Ce royaume connut son apogée aux IIIe et IVe siècles lorsqu’il s’étendait du Myanmar jusqu’au sud de la Malaisie. Au VIe siècle, il fut supplanté par le royaume de Chenla, son ancien vassal situé également dans le sud du Cambodge actuel, qui lui-même est passé sous la coupe du royaume d’Angkor au IXe siècle. Le royaume de Funan a développé un grand réseau de canaux facilitant les échanges commerciaux et alimentant tout un système d’irrigation nécessaire à la production de riz. En grande partie, ce réseau est toujours en fonction. Il continue d’être entretenu et augmenté. C’est ainsi qu’en 1979, un canal a été construit entre la ville de Takeo et le district d’Angkor Borei. Du royaume de Funan, il subsiste aussi quelques sites historiques dont le Phnom Da et le port d’Angkor Borei.
6e-7e SIÈCLES : Les royaumes du Chenla et du Funan s’unissent pour former l’Empire khmer.
PÉRIODE ANGKORIENNE (802 – 1431)
802 : Le roi Jayavarmann II se proclame souverain universel.jayavarmanii
1181-1201 : Règne de Jayavarman VII; extension des limites de l’Empire khmer; édification de la ville fortifiée d’Angkor Thom et du temple-montagne du Bayon.jayavarmanvii
1353 : Les Thaïs occupent Angkor pour la première fois.
1432 : La capitale Angkor est abandonnée suite à des agressions orchestrées par les souverains Thaïs
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L’occupation de la région d’Angkor remonte au moins au Ier millénaire avant notre ère (connue par les fouilles de B.-P. Groslier) mais les premiers monuments ne datent que du viie siècle de notre ère ; ils se trouvent à l’ouest sur le Stung Puok. Le viiie siècle est marqué par des constructions dans le secteur de Rolûos. Elles s’y multiplient au ixe siècle après la « fondation » de la monarchie angkorienne (802) ; à la même période on bâtit aussi des temples sur le Phnom Kulên. Au début du xe siècle, le centre de gravité se déplace sur le Stung Siem Reap où se tient la capitale du Cambodge jusqu’en 1431 (sauf pendant le bref épisode de Koh Ker, env. 924-944). Le pillage de la ville par les Chams en 1177 est suivi d’une période de construction frénétique qui s’arrête vers 1220 et marque la fin de l’édification d’Angkor. Le retour temporaire de la cour au xvie siècle se traduit surtout par les premiers travaux de restauration à Angkor Vat.
Les temples d’Angkor entremêlent deux religions, le Bouddhisme du Grand Véhicule et le Brahmanisme, auxquelles s’ajoute un culte importé de Java, le culte du Dieu-Roi ou Devaraja. Civa et le roi-dieu partagent le même symbole religieux, le linga, qui, à l’origine, est le symbole de Civa.
Jayavarman II en profite pour introduire aussi et entre autres :

  • Les traditions chorégraphiques de Java, notamment les ballets royaux qui servaient à montrer la puissance royale. Offrir sa plus belle fille au roi était un signe de vassalité communément admis….
  • L’apothéose des dignitaires et des héros, morts ou même vivants, qui pouvaient s’assimiler au dieu de leur choix.

Il semble que le culte du Devaraja, civaiste d’origine, se soit adapté sans difficultés au vishnouisme puis au bouddhisme.
C’est Jayavarman VII , roi bouddhiste du XII ème siècle qui décida de s’incarner non plus dans le linga mais dans le Bouddha. Son essence divine sera adorée sous les traits du Bouddha du Bayon.
Le « Bouddha vivant », Jayavarman VII, ne se contenta pas de sa propre déification : il compléta la trinité Bouddhique en introduisant le culte de ses parents, son père, déifié, étant vénéré au Prah Khan, et sa mère, déifiée elle aussi, au Ta Prohm.

Les excès de toutes sortes, corvées, guerres, impôts provoquèrent un regain, bref mais violent, de l’hindouisme au cours du XIII ème siècle, et petit à petit le Bouddhisme du Petit Véhicule, d’école cingalaise et de langue pâli devint la religion du Cambodge.

Tout laisse à penser que les deux religions officielles coexistaient et tendaient même à se fondre l’une dans l’autre ( le Bouddhisme du Grand Véhicule incorporait des dieux du Brahmanisme ). Les circonstances politiques firent que les mêmes temples furent affectés tantôt à l’une, tantôt à l’autre de ces religions. A l’occasion de ces changements les emblèmes de la religion « sortante » étaient détruits ou retaillés… (ainsi les brahmanes transformèrent les Bouddhas en ascètes barbus, les bouddhistes détruisirent des linga).

Le témoignage historique de ces temples est incontestable et résume parfaitement la grandeur de l’empire Khmer. La finesse de leur artisanat, le génie de leur architecte, la force de leur ouvrier, le progrès de leur ingénieur, la taille toujours plus considérable de leur ouvrage, tout prouve que ce vaste empire a rayonné sur une large partie du continent asiatique.empire-khmer

Rien ne pourra vous transmettre la sensation que l’on ressent en arrivant devant Angkor Wat, le plus célèbre temple qui chaque jour est investit par des milliers de visiteurs du monde entier.

La reconnaissance de l’art Khmer

C’est à l’acharnement du lieutenant de vaisseau Louis Delaporte que l’on doit la création avant 1875 du premier musée d’art khmer, installé à Compiègne faute d’avoir pu trouver place à Paris. Delaporte avait obtenu, en 1871, une mission pour collecter des statues et recueillir des moulages, non sans avoir préalablement demandé au roi Norodom « l’autorisation de prendre dans ses États des richesses artistiques auxquelles nous attachions du prix », autorisation du reste gracieusement accordée par le roi, qui répondit que « les ordres étaient donnés et [que l’équipe de Louis Delaporte trouverait] dans ses États toutes les facilités possibles pour [ses] travaux ». Du musée khmer de Compiègne, les statues et les moulages furent transportés à Paris, au palais du Trocadéro en 1889, puis rejoignirent en 1925 le musée Guimet.

Ce musée regroupe incontestablement la plus importante et la plus belle collection d’art khmer existant en dehors du Cambodge ; elle l’est pourtant moins que celle du Musée national de Phnom Penh. Ce fut donc une excellente initiative que d’avoir cherché à réunir les chefs-d’œuvre de ces deux musées pour les présenter au public, en profitant notamment du fait que le musée Guimet était à ce moment-là fermé pour réparations.angkor-et-dix-sic3a8cles-dart-khmer

Du 31 janvier au 26 mai 1997 s’est donc tenue, dans les Galeries nationales du Grand Palais, à Paris, une exposition intitulée Angkor, dix siècles d’art khmer. À l’occasion de cette exposition, le gouvernement français avait heureusement décidé de moderniser l’atelier de restauration du Musée national de Phnom Penh et de faire former par une équipe des ateliers de restauration des musées nationaux un certain nombre de jeunes restaurateurs khmers.

Savoir que ces constructions et leur système d’irrigation ont traversé les siècles ajoutent une dimension presque magique à l’histoire de leur construction. Regardez les asparas danser (figure féminines qui orne les temples) et voyager ans le temps. Pourrions-nous encore aujourd’hui bâtir de tel joyau ?